Le marché du cloud traverse une phase de recomposition rapide. Entre la montée en puissance de la souveraineté numérique européenne, l’intégration massive de l’intelligence artificielle dans les infrastructures et les nouvelles exigences réglementaires, le paysage de 2025-2026 ne ressemble plus à celui d’il y a deux ans. Les lignes bougent autant du côté des fournisseurs que des acheteurs.
Cloud souverain en Europe : les dépenses qui changent d’échelle
Le cloud souverain a longtemps été perçu comme une niche réservée aux administrations et à quelques secteurs sensibles. Ce n’est plus le cas.
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Selon les prévisions 2026 de Gartner, les dépenses européennes en IaaS de cloud souverain passent de 6,9 à 12,6 milliards de dollars entre 2025 et 2026, soit une hausse d’environ 83 % en un an. La projection pour 2027 atteint 23,1 milliards de dollars.
Ces chiffres traduisent un basculement concret. La banque, l’énergie, la santé et les marchés publics intègrent désormais la souveraineté des données comme critère d’achat, au même titre que la disponibilité ou le coût. Des fournisseurs européens comme OVHcloud, Scaleway ou STACKIT gagnent du terrain sur ces segments, sans pour autant déloger les hyperscalers américains sur le cloud généraliste.
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AWS a lancé son propre programme « European Sovereign Cloud ». La stratégie est claire : conserver les clients régulés en leur proposant un hébergement conforme aux exigences locales, tout en gardant l’écosystème de services intégré.

Cadre réglementaire européen : le Cloud and AI Development Act
L’Union européenne a engagé en 2026 la construction d’un nouveau cadre législatif dédié au cloud et à l’IA. Le projet de Cloud and AI Development Act (CADA) vise à structurer les règles de souveraineté, de portabilité et de transparence applicables aux fournisseurs opérant sur le sol européen.
Ce texte s’inscrit dans la continuité du Data Act, entré en application en septembre 2025, qui impose déjà des obligations de portabilité et d’interopérabilité aux services cloud. Le CADA va plus loin en ciblant les conditions d’hébergement des données sensibles et les mécanismes de certification des infrastructures.
Les retours terrain divergent sur ce point : certaines entreprises saluent la clarification du cadre juridique, d’autres redoutent une complexité supplémentaire dans les déploiements multi-pays. Les données disponibles ne permettent pas encore de mesurer l’impact opérationnel réel de ces textes sur les organisations de taille intermédiaire.
Ce que le CADA pourrait changer concrètement
- Un système de certification européen pour les fournisseurs de cloud, avec des niveaux de conformité gradués selon la sensibilité des données hébergées
- Des obligations renforcées de localisation des données pour les secteurs régulés (santé, finance, administration publique)
- Une transparence accrue sur les transferts de données hors UE, y compris au sein d’un même groupe de fournisseurs
IA et infrastructure cloud : une dépendance qui s’accélère
L’intelligence artificielle est devenue la principale charge de travail nouvelle sur les infrastructures cloud. Les hyperscalers (AWS, Google Cloud, Microsoft Azure) investissent massivement dans les capacités GPU et les services managés d’entraînement de modèles.
Le constat est partagé par l’ensemble des analystes : l’IA transforme le cloud d’outil technique en infrastructure critique pour les entreprises.
Cette dépendance pose des questions de coût et de concentration. Les ressources GPU restent rares et chères, ce qui avantage les fournisseurs capables de déployer à grande échelle. Pour les organisations européennes soumises à des contraintes de souveraineté, le choix se complique : peu de fournisseurs souverains disposent de capacités GPU comparables aux hyperscalers américains.

Insatisfaction cloud : un signal que Gartner prend au sérieux
Parmi les tendances identifiées par Gartner figure un constat moins médiatisé : l’insatisfaction croissante des entreprises vis-à-vis du cloud. Les promesses de réduction de coûts et de flexibilité ne se matérialisent pas toujours comme prévu.
Plusieurs facteurs alimentent ce décalage :
- Des factures cloud difficiles à prévoir, avec des dépassements fréquents liés à la consommation de stockage et de bande passante
- Un verrouillage technique (vendor lock-in) qui complique les migrations entre fournisseurs malgré les engagements d’interopérabilité
- Des temps de latence et des interruptions de service qui pèsent sur les systèmes critiques, poussant certaines organisations vers des architectures hybrides ou du edge computing
- Une complexité de gestion multi-cloud qui nécessite des compétences rares et des outils de supervision supplémentaires
Cette insatisfaction ne signifie pas un retour en arrière. Elle pousse les entreprises à rationaliser leurs déploiements cloud plutôt qu’aux étendre systématiquement. Le réflexe « tout migrer dans le cloud » cède la place à une approche plus sélective, où chaque charge de travail est évaluée selon son profil de coût, de sécurité et de performance.
Edge computing et stratégies hybrides : le cloud se rapproche du terrain
Le edge computing gagne en maturité. L’idée est simple : traiter les données au plus près de leur source (usine, véhicule, point de vente) plutôt que de tout centraliser dans un datacenter distant.
Pour les cas d’usage temps réel, cette approche réduit la latence et la dépendance à la connectivité. Les architectures hybrides combinent cloud centralisé et nœuds edge selon les besoins de chaque application.
Les fournisseurs adaptent leurs offres en conséquence, avec des services managés déployables en périphérie de réseau.
Le paysage cloud de 2026 se caractérise par une tension productive entre centralisation et distribution, entre dépendance aux hyperscalers et quête de souveraineté. Les prochains mois diront si le cadre réglementaire européen accélère réellement l’émergence d’alternatives crédibles ou s’il ajoute une couche de complexité à un écosystème déjà dense.